Saturday, 18 November 2017

Dépression : se battre contre soi-même... et les autres !



Dans un récent article, je partageais avec vous mon envie d'écrire un peu sur les événements récents qui m'ont changée et qui m'ont mené à repartir de zéro sur ce blog. C'est une accumulation de plein de choses, en quelque sorte, et il est compliqué pour moi de savoir par où commencer. 

Je crois que ce qui m'a le plus changé, c'est un diagnostic qui a été posé cet été, sur quelque chose qui était là il y a quelques temps déjà. En gros, j'ai fait un burn-out. Un peu comme dans les films où on voit des salariés épuisés craquer en plein milieu d'un open-space caricatural et impersonnel. Sauf que moi, je travaillais dans une boutique de cosmétiques, un job d'été étudiant, à vrai dire très sympa.  Un burn-out qui a été précédé et suivi par une période de torpeur. Paradoxalement, c'est au moment de ma vie où j'avais le plus de raison d'être heureuse qu'on m'a diagnostiqué une dépression. 

Je dois avouer que je n'ai été qu'a moitié surprise. Même si de bonnes, d'excellentes choses m'arrivaient, je crois que je traînais des casseroles depuis quelques années, qui s'accumulaient derrière mois et me donnaient de plus en plus de mal à avancer. Mes casseroles, accumulées à des changements (bien que très positifs) dans ma vie privée, m'ont poussée à bout et, avec le recul, je me demande comment je n'ai pas craqué plus tôt.

Quoi qu'il en soit, j'ai eu la chance d'être extrêmement bien entourée et notamment d'avoir une belle-mère extraordinaire qui a pu m'obtenir très rapidement un rendez-vous avec une professionnelle pour que je puisse parler. Lors de ce premier rendez-vous, j'ai parlé longtemps. Très longtemps. Etrangement, je ne me souviens plus tout à fait de ce que j'ai pu lui raconter. Je me souviens simplement de ma lenteur extrême, de ma fatigue, de l'envie de pleurer et du soulagement que c'était, de pouvoir tout déballer à une personne qui ne me connaissait ni d'Eve, ni d'Adam et qui n'allait porter sur moi aucun jugement. Elle m'a longtemps laissé parler, et puis elle a fini par prendre la parole. Selon elle, j'avais besoin de repos, de calme et il ne fallait surtout pas que je culpabilise. Elle a  fini par prononcer un mot dont tout le monde a peur, le mot "dépression".

Je me suis battue à la fois contre ma dépression et contre mon entourage. 


J'ai été arrêtée quinze jours et on m'a prescrit des rendez-vous et des anxiolytiques. Ces cachets-là ne sont pas faciles à prendre, mais je pense que le plus dur, ça a été la réaction de mes proches. 

J'ai rapidement compris qu'en 2017, beaucoup de gens ne croient pas à la dépression, un peu comme on ne croit pas au père Noël et que finalement, ce n'est pas si handicapant que ça, et qu'il faut juste "se sortir les doigts du cul" (avec poésie, s'il vous plaît !). Et quand le problème ne vient pas du diagnostic, il vient du traitement. Mes proches avaient tous un avis là-dessus, une recette miracle pour que j'aille mieux, mais paradoxalement, aucun ne m'a demandé mon avis. 

L'espace d'une seconde, je me suis posé la question de savoir si j'étais entourée de personne centrées sur elles-mêmes ou si il y avait un autre problème. Puis j'ai compris que le problème, ce n'est pas tant la dépression en elle-même, mais surtout le manque d'éducation sur ce sujet. 

Eduquer les gens sur la dépression ? 

Comme beaucoup de gens, je ne savais pas grand chose sur la dépression avant d'y être confrontée, par le biais de proches qui y ont souffert. La dépression est un mot que l'on prononce souvent, mais qui a fini par perdre du sens dans la bouche de bien des gens. A tort, beaucoup pensent qu'il s'agit d'un synonyme du mot déprime alors que cela n'a pas grand chose à voir. 

Le manque d'éducation sur la dépression est d'autant plus impressionnant quand on sait que, selon les statistiques, une personne sur cinq souffre, ou souffrira d'une dépression dans sa vie. 20% de la population, et pourtant, cette même population est trop peu informée sur le sujet, sur ce qu'est vraiment la dépression, comment la traiter ou même comment agir lorsqu'un proche souffre de dépression. 

Si vous souhaitez vous éduquer et en savoir plus, je vous conseille grandement le site Everyday Feminism (en anglais) et notamment cet article. Pour celles et ceux qui cherchent des sources en français, je vous conseille le site la-depression.org qui est très bien fait aussi, et surtout leur section qui traite du rôle de l'entourage . 

La dépression est un sujet grave, à prendre au sérieux, et les personnes qui en sont atteintes ont déjà assez de travail, de difficultés à surmonter sans avoir besoin de se battre contre un entourage qui agit mal, faute de compréhension du sujet. Même si, la majorité de mon entourage s'est montré compréhensive et présente à mes côtés, j'ai eu à supporter un trop grand nombre de remarques stupides ou déplacées.

En 2017, alors que la dépression est "le mal du siècle", il est aberrant de constater qu'on n'éduque pas assez la population sur les problèmes d'ordre mental, que l'on ne comprenne pas que, oui, la dépression nécessite du repos, au même titre qu'on ne court pas un marathon avec une jambe dans le plâtre. Il est aberrant d'entendre des phrases comme "t'es juste une gosse trop gâtée, qui ne sait pas ce qu'elle a et qui a besoin de se prendre une claque !" ou encore "fais un effort, ton mec finira par te quitter, si tu ne prends pas soin de toi ! Ca fait pas envie, une nana comme ça !", ainsi que "c'est ta faute, si t'es comme ça !". 

L'été 2017 a été fort en émotions pour moi, un été que je ne risque pas d'oublier, et il aurait été plus simple pour moi de me casser une jambe. Malheureusement pour moi et bien d'autres, le mal est invisible et c'est une bataille de plus à ajouter à la liste, alors que la dépression est déjà une bataille constante. 

Heureusement pour moi, je vais mieux et je fais des progrès chaque jour. Ce n'est pas le cas de beaucoup de personnes, qui souffrent depuis plusieurs années. En écrivant cet article, j'ai souhaité partager avec vous ce que j'ai vécu, pas tant au niveau de la dépression en elle-même, mais de la difficulté à la gérer face à mes proches, à les éduquer sur le sujet. Il y a de fortes chances que dans votre entourage, vous y soyez confronté(e), maintenant ou à l'avenir, personnellement ou dans votre entourage, et j'ai un conseil pour vous : EDUQUEZ-VOUS. C'est important et ça vous sera forcément utile, soit en pratique, soit pour éduquer d'autres gens afin que les personnes qui souffrent n'entendent plus les idioties qu'elles entendent trop souvent, et qui les enfoncent plus qu'autre chose. 

Dites-moi en commentaire si vous aussi vous avez souffert du manque d'éducation sur la dépression, partagez vos sources d'information ! 

Je vous envoie plein d'ondes positives, 
Oihana !